Le paradoxe du bouchon Imprimer
Écrit par Serge   
Mardi, 05 Octobre 2010 20:42

   En lisant ces jours dans la presse les résultats d’un sondage selon lequel « 89,3% des français préfèrent le bouchon en liège aux autres modes de bouchage » (source Ipsos), j’ai ressenti le besoin de vous apporter quelques éléments d’information pour alimenter votre réflexion. Ne nous abritons nous pas là derrière la tradition à mauvais escient ?

  Produire un vin de qualité implique une grande exigence tout au long de l’année de la part du viticulteur pour obtenir une vendange saine à parfaite maturité, et une réelle maîtrise technique à la cuverie pour exprimer tout le potentiel de ses raisins. Comment accepter que tout ce travail puisse être remis en cause du seul fait du caractère hétérogène du matériau naturel qu’est le liège ? Ceci alors que des alternatives efficaces existent !

 
 

   Certes, le liège a beaucoup contribué à la révolution qualitative de la production de vins ; ce que l’inconscient collectif a traduit et intégré en « un vin de qualité ne peut être bouché qu’avec un bouchon de liège ». Le problème est que durant ces trente dernières années, la production mondiale de vins de qualité a explosé. Sachant que 80% des bouteilles produites à travers le monde sont bouchées avec du liège (soient environs 12 Mds de bouteilles par an et donc de bouchons),  et que les zones où les chênes liège poussent sont essentiellement limitées au bassin méditerranéen, il est facile de comprendre la difficulté pour les producteur de bouchons de se fournir en lièges de qualité. Et pour les chênes de passer l’hiver sans attraper un rhume !

  

   Mon propos n’est pas d’inciter à bannir l’usage du bouchon en liège ; à l’image de JK Huysmans qui organisa les obsèques symboliques de ce dernier dans un grand hôtel de New-York en Octobre 2002, entrainant derrière lui tout un cortège de producteurs californiens, australiens ou néo-zélandais convertis à la capsule vissée. Car un liège de qualité demeure la meilleure solution connue à ce jour pour permettre aux vins qui en ont le potentiel, de s’oxyder tranquillement (le vieillissement étant un processus d’oxydation ménagée) pendant des dizaines d’année de sorte d’offrir à son patient propriétaire toute la subtilité de ses arômes.


   Et par ailleurs, les déviations que l’on classe dans la catégorie « goût de bouchon » ne sont pas toutes imputables au liège en tant que tel, mais principalement à une molécule, le 2,4,6 Trichloroanisole (TCA pour les intimes). Ainsi, le liège peut avoir été contaminé par des insecticides ou des produits chlorés contenus dans l’atmosphère. Quant au vin ou à son contenant,  ils peuvent avoir été contaminés par des produits d’hygiène chlorés ou par le TCA contenu dans des matériaux de construction de la charpente d’un chai par exemple.


   Cela étant dit, plusieurs constats s’imposent :

-          Peu de vins aujourd’hui sont vinifiés pour vieillir

-          Peu de consommateurs disposent d’un local aux conditions appropriées à un bon vieillissement du vin (sans parler des ressources financières nécessaires à  l’approvisionnement d’une telle cave)


  Ce simple état de fait me semble justifier l’intérêt de solutions de bouchage alternatives.

 

Quelles sont donc ces solutions alternatives ? 

- bouchons synthétiques, plutôt plus perméable à l’air que le liège 

-      capsule vissée en aluminium, Bouchons verre : imperméable à l’air ou quasi

 

 

   Nous avons à présent plus de vingt ans de recul sur certaines de ces technologies. Toutes ne conviennent pas à tous les vins, mais chaque type de vin peut y trouver une méthode de bouchage  appropriée. Ainsi des vins blancs à base de Riesling ou de Sauvignon blanc trouveront, grâce aux capsules vissées, une solution parfaite pour préserver la fraîcheur de leurs arômes.

   Pour faire simple, lorsqu’un vin n’a pas vocation à vieillir et que le plaisir qu’il a offrir tient à son fruité et à sa fraicheur, les solutions alternatives sont parfaitement adaptées. C’est ainsi que bon nombre de marché export privilégient les bouchons synthétiques ou des capsules vissées au liège (Royaume-Uni, Australie, …).


   En conclusion, mieux vaut un bouchon en plastique qu’un bouchon en liège de mauvaise qualité. Et le problème réside dans le fait qu’un liège de bonne qualité ne fait que limiter le problème. Voilà tout le dilemme des producteurs de grands vins français face à des consommateurs par trop « conservateurs ».

   Ne vous débarrassez donc pas tout de suite de votre tire-bouchon et n’hésitez pas à goûter pour vous faire votre opinion par vous-même.

   Santé !